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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 23:49

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Published by Alexis - dans BLOGaL Culture
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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 21:50

 



Le passage à l'acte

Nouvelle



Mardi 4 juillet 2001, Lycée Fénelon Sainte Marie, PARIS. J'attends Raphaël devant le lycée ce matin là. En fait, c'est surtout les résultats du bac que j'attends. Ils vont être affichés dans quelques minutes. Mais nous tenions, Raphaël et moi, à vivre ce dernier moment de lycéens ensemble. Mais voilà Raphaël qui arrive, et en même temps la clameur monte, les résultats viennent d'être affichés et déjà les réactions pleuvent : cris, larmes, de joie comme de désespoir. La même scène tous les ans, vue et revue au journal télévisé, mais cette fois c'est moi. Avec 86 % de réussite au niveau national pour le bac S et même 100 % pour mon lycée, je n'ai pas plus de stress que cela. La question est plus de savoir si j'aurai une mention ; mais en même temps à quoi me servirait-elle ?

Nous nous approchons tous les deux. Je vois le premier la note de Raphaël : 15,2 ! Mention bien, la classe ! Je l'appelle pour qu'il découvre par lui même, mais je vois bien qu'il est un peu mal.

Moi

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Lui

« Regarde », « là ».

Moi

« …... ? »



 

Recalé – moy. 7,8.



et plus loin mes notes, avec 10 en maths, 2 en philo, 4 en physique - chimie …

« Merde, c'est pas possible !»

Non, ce n’était pas possible ; mais là, la réalité est devant mes yeux. C'est ce qui s'appelle un échec. Un échec scolaire même. Pas franchement prévu ni prévisible donc. La Honte quoi !

Raphaël est gêné. Il ne sait même plus où se mettre. Tous les autres ont le bac bien sûr et rigolent, mais en même temps ils me regardent tous du coin de l’œil. Il est temps de réagir. Commençons par une retraite stratégique. Surtout pas au Rully, notre antre habituel où tous vont débarquer bientôt. Allons plutôt boire un verre sur les Champs. Marcher un peu, ça me permettra de réfléchir aussi.

Et maintenant, je fais quoi ? Voilà mon principal sujet de préoccupation pendant les quinze minutes du parcours, alors que nous étions incapables Raphaël et moi, d'échanger un mot.

Depuis maintenant deux ans que j'ai rejoint Paris depuis mon village de Lorraine, Silmont, après que mes professeurs ont convaincu mes parents de mon potentiel et de l'importance de le développer dans un grand lycée parisien, j'ai trouvé en Raphaël une nouvelle famille, un nouveau frère. Mais c’est l’heure où nos chemins d'étudiants se séparent. Lui a choisi la meilleure prépa HEC, à Carnot. J'avais pour ma part choisi, par défaut car n'ayant finalement pas d'autre réel atout qu'en mathématiques, une prépa scientifique, en restant à Fénelon.

Cet été, nous ne partons pas ensemble en vacances. Après nos périples ensemble ces dernières années en Ecosse et en Chine, lui part bientôt à Vienne en stage et je vais rejoindre un vieux copain de Silmont, Jérôme, qui est en VIE chez Air France à Singapour, après son école de commerce. De là, nous partirons tous les deux en Indonésie ; Java d'abord, puis Bali et Lombok.

D'abord retrouver Jérôme à Singapour. Après on verra ! Mais pas question de retourner en terminale, qu'est-ce que j'y apprendrai de plus ? Et je vais raconter quoi, moi, à mes parents qui se sont saignés pour m'envoyer à Paris à cause de ces abrutis de psychologues ? Bravo la précocité, le QI supérieur, le surdoué, le zèbre et j'en passe. Même pas capable d'avoir le bac, le zèbre. Alors que 86 % de ceux qui l'ont passé l'ont eu. A ce moment là - juste là - j'ai l'impression que je suis le seul à ne pas l'avoir eu.



SINGAPOUR, huit jours après. Je suis content de retrouver Jérôme à l'aéroport. Nous sommes à l'autre bout du monde mais c'est un peu de mes racines, de mon enfance, que je retrouve avec lui. Jérôme, plus vieux que moi, était dans la classe de mon frère, mais nous nous sommes toujours bien entendus. Petit bémol pourtant, à peine sommes nous dans le taxi vers son condominium qu’il m'annonce qu'il me fait faux bond pour nos vacances. Son chef a posé ses congés à cette période et il doit rester faire une sorte de permanence. Arrivés à l'apparte, il m'installe dans la chambre d’un de ses colocs, parti visiter la Thaïlande, me trouve ensuite les billets les moins chers du moment pour Jakarta puis nous partons ensemble refaire le monde lors d'une soirée mémorable dans les rues de la ville-état-île.





JAKARTA, le lendemain. A nouveau seul. Voilà mon moral qui retombe aussitôt. En même temps j'avais toujours rêvé de voyager ainsi, seul avec mon sac à dos … mais je n'aurais sans doute jamais osé.

Jakarta ? Comme c'est moche ! D'un coup je réalise à quel point Singapour était propre. De toute façon, je ne suis pas fan des grandes villes, à part Paris, Londres et Hong Kong (quand même !). Première épreuve : rester le moins longtemps possible ici, ou dit autrement, quitter cet endroit le plus vite possible. Comme je n'ai pas assez de budget pour l'avion, mais suffisamment pour éviter de faire du stop ici, je prendrai le premier train pour Jogjakarta. Après avoir traversé les bidonvilles entre l'aéroport et la gare de Gambir, m'y voici enfin. Facile de prendre les billets de train (pas comme en Chine l’an passé), ce sera l’Argo Dwipangga en 2ème classe. Par contre, une fois arrivé sur le quai, je prends peur. Agoraphobe s'abstenir. C'est le 14 juillet local ou quoi ? Le quai est noir de monde. J'aperçois de loin trois casquettes de base-ball et, sous les casquettes, trois occidentaux que je vais rejoindre (je fais ça sans réfléchir, à l'instinct - sans doute que cela me rassure). Eux même sont rassurés de me voir : angoissés par la foule qui s’agglutine pour monter dans le train, ils trouvent en moi le réconfort d’un visage semblable qui leur parait, du coup, connu. Christel, son frère, et sa copine vont rejoindre pour les vacances la tante des deux premiers à Bornéo. Ils en profitent pour visiter Jogja une semaine en passant. Ils sont tout jeunes. Comme moi, mais même encore plus car le petit frère est encore au collège, les filles ont mon âge et viennent d'avoir leur bac. Je leur dis que moi aussi. Que je rentre en prépa l'an prochain. Christel rentre à l'ESSCA d'Angers. Mais elle commence par trois mois de stage à New York.

 

En fait, et c'est sans doute ça qui m'a attiré depuis la première seconde, Christel est d'une beauté rare. Assez grande, brune, les yeux verts. Déjà bronzée par ses révisions sur la plage, à Bandol. D'allure sportive, athlétique même – j'apprendrai plus tard que c'est grâce à sa pratique de la danse – elle a notamment un charme qui m'électrise et me pousse à surtout ne pas la lâcher d'une semelle. Pourtant la semaine s’est passée sans rien tenter. Nous nous entendions bien, je la trouvais à mon goût mais elle ne souhaitait pas une relation d'une semaine. Aussi parce qu'elle avait un copain, enfin c’est ce qu’elle me disait. Le dernier soir, la veille de son départ, nous nous arrangeons pour passer la soirée tous les deux, seuls. Nous discutons beaucoup et petit à petit le bar qui était pourtant plein à craquer semble comme disparaître autour de nous. Notre champ de vision se rétrécit, plus rien n'existe autour de nous. Je ne vois qu’elle, sa bouche, ses yeux... Nous nous embrassons jusqu’au bout de la nuit sans voir le temps passer. Elle est si belle, si tendre, elle sent si bon. Nous sommes si bien dans les bras l'un de l'autre, nous avons attendu ce moment toute la semaine. Elle se donne à moi, nous découvrons l’amour ensemble.

 

Nous resterons finalement deux semaines de plus à Jogja à profiter ensemble des expos et des spectacles et à apprendre à mieux se connaître. Au début cela me faisait drôle lorsqu’elle m’appelait « ma caille », moi qui suis plutôt format autruche, mais j’ai fini par apprécier mon surnom régional. Lorsque finalement nous nous quittons, c'est le cœur rempli de l'image de ses yeux verts, de son regard au dessus de son cocktail rose, le premier soir où nous nous sommes embrassés. Nous partions chacun de notre côté forts de promesses éternelles, de projets de vie commune, de mariage, d'enfants, de petits-enfants, et pour commencer nous avions rendez-vous en septembre à New York pour nous retrouver et jamais plus nous quitter. Nous avons dix-huit ans, et nous nous aimons comme aucun de nos amis s'aiment. Nous avons des projets ensemble, nous nous projetons dans le futur... Ses textos sont enflammés, ses mails toujours plus longs, son désir plus fort et son amour plus ardant. Elle peut me voir comme personne ne le peut, et je peux la voir comme personne n'a le droit. Elle n'est pas avec moi comme elle est avec les autres. Nous sommes des êtres à part lorsque nous sommes ensemble. Rien n'est comparable à ce que nous vivons. C'est quelque chose d'intense, de pur, de rare et de merveilleux. Et on a dix-huit ans. C'est ça le plus beau non ?





Borobudur, Ubud, Padang bai ... Ce voyage est magnifique, et Christel me manque. Je ne sais pas ce qui est le plus fort en moi : la force de savoir son amour, même de loin, et du coup le sens et même la réalité que cela confère à mon existence, ou le manque de sa présence auprès de moi. Envie de la toucher, de la sentir, et pas seulement de lui parler et de l'entendre. Envie d’elle en vrai et pas juste à travers les fantasmes de mes souvenirs. A Padang bai surtout. Village mélancolique où tout le monde est serein, où les touristes sont rares et se limitent aux routards avec lesquels je partage au Topi Inn, tout au bout de la plage, le dortoir ouvert à tous les vents à l'étage, face à la mer. Padang bai d'où partent tous les jours les ferrys pour Lombok. Comme un bout du monde et le début d'un autre.





Je serai finalement resté cinq semaines à Padang bai. Luxe incommensurable de prendre le temps. Christel est de retour à Bandol. Je suis de passage à Silmont avant de rentrer à Paris en prépa comme prévu dans la version officielle. En réalité, j'ai trouvé un vol pas cher pour New York JFK en passant par Francfort, le 11.



Nous avons rendez-vous à 18h à l'espace visiteurs, au 47ème étage de la tour B du World Trade Center, les fameuses tours jumelles à Manhattan, NEW YORK CITY. Christel fait son stage dans la finance, chez Paribas et son bureau au 35ème étage donne sur tout le bas de la presqu'île. Depuis une semaine qu'elle est à NYC, elle a déjà une grande chambre dans une coloc et les contacts et les bons plans de la communauté française pour sortir tous les soirs ! Et le 1er décembre après la fin de son stage, c'est déjà prévu, nous partirons sur la route façon road movie, avec une voiture de loc ou peut-être qu’on en achètera une pour la revendre au retour. Direction l'Alaska, pour un voyage initiatique vers les dernières frontières du continent.

Je viens d'arriver à JFK où il règne un bazar indescriptible (retour de vacances ?). Je n'arrive pas à joindre Christel. Je ne comprends pas.

Je suis en route vers Manhattan. Toujours impossible de joindre Christel. Tout le monde à l'air affolé. Ils sont tout le temps comme ça ici ?

Le métro s'arrête, des gens crient. Il règne une atmosphère de fin du monde. Et puis j'apprends.



Plusieurs jours plus tard. J'ai trouvé une voiture pour quitter New York. Pas de fric, pas de solution pour me loger, pas de boulot, pas de retour en arrière possible, que faire ? Partir sur la route en stop, (vers où ?). Comme je suis mal rasé et pas coiffé après tous ces jours à errer sans but dans les rues de NY, je passe pour un Ouzbek ou un Afghan. Et vu qu'à mon accent on entend vite que je ne suis pas ricain, je préfère me faire passer pour un Canadien français. Je me fais même appeler Jack, Jack Kerouac.

Envie de rien. Quand une voiture s'arrête (rarement donc) pour me faire monter et me demande où je vais, au début je réponds « comme vous » pour essayer de partir le plus vite, le plus loin possible. Mais ce comportement étonne et dérange. Alors maintenant je me contente de demander seulement la prochaine ville sur la route de l'Ouest. Et un peu avant d'arriver, je vois s'il y a moyen d'aller plus loin.

J'avance. Je me suis mis dans la tête de partir vers l'Ouest. C'est la seule chose qui m'ait parue logique de faire. Est-ce que cela a du sens ?

J'ai l'impression que toutes ces villes se ressemblent, avec leurs banlieues bourgeoises et leur centre-ville miteux. Et pour moi, c'est toujours l'option centre-ville.

Je suis tombé sur un couple sympa aujourd'hui. Ils m'ont même offert un repas avec eux. Des Américains plus cultivés, qui s'intéressent à l'Europe, à la France, je leur ai parlé du château de Versailles et de la Tour Eiffel. Au lieu de repartir tout de suite comme prévu, nous sommes restés jusqu'au soir, moi leur racontant, eux me demandant toujours plus de détails. Au fur et à mesure que je parlais, j'ai senti quelque chose en moi que j'avais perdu. Comme une chaleur, une petite flamme, un bonheur minuscule d'exister à nouveau, pour quelqu'un, même si c'était juste pour raconter une histoire. Ils se sont intéressés à moi. Ils m'ont sauvé la vie.

Plus concrètement, ils m'ont aussi laissé vingt dollars et j'en ai profité pour passer un coup de fil à Silmont pour rassurer tout le monde. Il était temps sauf que personne ne s'inquiétait plus que cela, me croyant à Paris ! Alors je me suis embrouillé dans des explications abracadabrantesques pour conclure que finalement, oui, tout allait vraiment très bien à Paris, et j'ai raccroché.

Me voilà maintenant à Denver. La différence, c'est que je n'y ai aucune bande de copains à voir, pas de clochard à reconnaître. Je ne retrouve aucune relique du passage du vrai Jack, mais ça commence à dater maintenant. Je continue la route.

 

Nous sommes toujours en septembre. En France, en septembre, il y a les vendanges. Ici ça doit bien être pareil non ? Et puis Kerouac, il les a bien faites, lui, les vendanges. En plus ça ne me ferait pas de mal de gagner trois sous même si j'en dépense très peu. Alors cap sur Napa Valley et la Californie.

En fait de Napa Valley, je me suis trouvé des vignes moins prestigieuses, du côté de Walla Walla, Washington, mais ça faisait bien l'affaire quand même. Je me suis épuisé à la tâche dans ce domaine de Cougar Crest à cueillir du Cabernet pendant quinze jours. La météo était terrible : soit il faisait une chaleur étouffante, soit on se prenait un orage d'une violence terrible. Au final le résultat était le même : j'étais épuisé, et content de n'avoir pensé à rien pendant toute la journée. Le soir, on allait dépenser une bonne partie de notre maigre paie dans les bars en ville. La première fois je leur ai fait le coup du « il paraît qu'on ne tient pas très bien l'alcool dans votre pays ? » On a bien rigolé ce soir là ! Je crois que ça a donné le ton du séjour. Les autres étaient un peu violents mais il n'y a pas eu trop d'histoires. Des gars paumés. Comme moi. Nous avons passé deux semaines ensemble en sortant tous les soirs mais au final je ne sais rien d'eux. Par contre j'ai épaissi mon portefeuille de quelques billets et je vais pouvoir faire un tour à Seattle.



Finalement, un gars de l'équipe remonte avec son van et propose de m'y déposer. Il m'emmène avec quelques autres. On verra bien comment ce sera là-bas.

Une fois en route, mon conducteur commence à me parler. Comme je suis le plus grand, c’est moi qui suis assis devant à côté de lui. Au début je l'écoute plus poliment qu'autre chose, pour lui permettre de ne pas s'endormir au volant, mais il se lance dans un grand prêche religieux où il est question de Grand Pardon, de stage de purification, de salut spirituel. Bloqué dans son camion, je n'ai d'autre choix que d'écouter ses sermons de gars simple, embobiné par des prédicateurs fanatiques. Pourtant, une fois mis de côté tout aspect religieux dans son discours ce qui n'est pas simple, je note quand même un point qui m'intéresse : « repenser chaque soir en s'endormant aux petits et grands plaisirs de la journée ». Même à deux balles, ce genre de philosophie positive ne pourra me faire que du bien.

Enfin arrivé à Seattle, alors que je cherchais un job de serveur dans un bar, je décroche une place de barman sur un ferry en partance dès le lendemain pour Haines, Alaska. Le Columbia, de Alaska Marine Highway, part de Bellingham à une heure et demie au nord de Seattle pour rejoindre Haines en trois jours en empruntant le Passage Intérieur, un chemin maritime qui se faufile entre les îles, les glaciers et les fjords.



Au moment de monter dans ce bateau, je ne savais rien du magnifique spectacle que m'offriraient mes trop rares pauses. Après l'escale de Wrangell, le ferry pénètre dans un goulet de 46 tournants, long de 22 miles, large de moins de 100 mètres, qui débouche sur Petersburg, charmant port de pêche. Même si je ne suis jamais allé en Norvège, c'est pourtant l'image de ces fjords et de ces villages de pêcheurs qui me vient immédiatement à l'esprit. A l'intérieur du ferry c'est une autre histoire. Ce boulot s'avère être un guet-apens : je bosse quasiment jour et nuit pour un salaire de misère et, en plus, je crève de froid avec cette climatisation bien peu nécessaire en cette saison. J'envie même ces jeunes qui ont installé leur tente directement sur le pont. En plus, rester enfermé toute la journée après tous ces jours passés dehors, je n'y arrive pas. Alors dès que je peux m'éclipser … je pars faire un tour sur le pont. J'y rencontre assez rapidement une jeune femme perdue dans ses pensées, l'air diaphane. Pour tout le monde elle était totalement transparente, mais pour moi elle captait un peu de lumière. Elle avait l'air si triste, si perdue.

Je l'ai appelée Charlotte. En fait je ne peux me résoudre à aller l'aborder. Je ne lui ai en fait même pas adressé la parole. Je n'ose pas. Elle me fait penser à Isabelle Adjani dans Adèle H.

Quand j'arrive à sortir sur le pont, après l'escale à Juneau, je ne trouve plus Charlotte. Elle a du descendre. L'idée qu'elle puisse un jour quitter le bateau ne m'était même pas venue à l'esprit. Elle me semblait tellement dépourvue de but.

Skagway arrive maintenant. Je n'ai jamais vu autant de bateaux de croisière aussi énormes dans un port aussi minuscule. Skagway ? La ruée vers l'or, marcher sur les traces d'un autre Jack, London celui-là. Vers le Klondike, passer le col du Chilkoot. Là j'ai craqué, je ne pouvais plus endurer une heure de plus mon esclavage moderne et je suis descendu du ferry en me mêlant aux touristes.

Et maintenant ? J'y suis bien en Alaska, je vois bien combien cette terre constitue le point de fuite de tous les déracinés d'Amérique du Nord. Je les ai vus sur le bateau, Charlotte et tous les autres. The Last Frontier. Le besoin de s'y frotter. De s'y mesurer. Pourtant tous mes capteurs me disent de ne pas m'engager trop loin. “C'était un voyage vers l'inconnu à travers l'immensité désolée des terres du Nord (...). L'épreuve suprême pour l'âme d'un homme”, écrivait Jack London dans Le Silence blanc. Plus près de nous, Krakauer m'avait glacé dans la progression inéluctable de mon possible double d'Into the wild. Non, je m'arrête donc à Dawson City. Bien sûr il n'y a plus rien là bas depuis cent ans et ce qui reste ressemble plus à OK Corral qu'à un village de chercheurs d'or. C'est pourtant bien au Westminster Hotel que je vais faire les chambres jusqu'à nouvel ordre.

 

Les chambres et mon journal aussi. J'ai accès à du papier, à un stylo, et je ne manque pas de temps pour écrire. Il n'y a strictement rien à faire ici.

Après quelques semaines à ce régime, je sens bien qu'écrire commence à me réconcilier avec l'existence. Cela me pousse à me rappeler certains épisodes de ma vie, à écouter les histoires des habitués du bar pour m'en inspirer lorsque j'écris des fictions. Je me rends compte que je retrouve un sens. Comme si après avoir été enfant, puis amant, je devenais père aujourd'hui. Le père de ces créations tout du moins.

J'en suis arrivé à ce stade de mes aventures intérieures lorsque se produit la plus improbable des rencontres. Alors que je sors du Westminster après ma matinée de travail, je vois sortir d'une grosse Chevrolet la famille Bardi au grand complet : Raphaël, sa sœur et ses parents ! Ils sont juste venus passer les quinze jours des vacances de noël dans la région, ont atterri à Vancouver, ont pris la même ligne de bateau que moi et passent par ce trou paumé pour rejoindre à nouveau le Canada et les Rocheuses avant de boucler la boucle en retournant sur Vancouver. C'était tellement inattendu que je me dis que finalement, c'est sans doute normal. Et après leur avoir offert le meilleur déjeuner possible à l'hôtel, je suis allé chercher mes maigres affaires, mes manuscrits surtout, et je suis reparti sur la Route. Avec mes amis de toujours. Avec une certitude de retour.



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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 21:13

Attention chef d'oeuvre !

Vous voulez de la culture, Tarantino et Kubrick n'ont qu'à bien se tenir, voici une référence majeure du cinéma : les Monty Python et leur aboutissement du fameux humour burlesque britannique loufoque et décalé : le nonsense.

 

Merci à ARTE de nous le rediffuser : sur son site internet avec tout d'abord le film Eric le Viking diffusé hier sur ses ondes :

 

Ce soir c'était Monty Python sacré Graal (le must, très bientôt rediffusé sur arte+7) et jeudi ce sera la vie de Brian.

 

Retrouvez tout le programme du cycle Monty Python sur arte, une présentation de John Cleese, Michael Palin, Terry Jones, Eric Idle, Graham Chapman, Terry Gilliam,et plus de liens vers la folie.

 

Alexis


mise à jour du 5 mai :

ou http://videos.arte.tv/fr/videos/monty_python_sacre_graal-3860548.html

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 23:21

orient.JPG

 

 

Si l’on s’en tient à la définition de Lynne Thornton, la grande spécialiste du sujet, l’Orientalisme n’est pas une école de peinture à proprement parler, « la technique et le traitement de la lumière et des couleurs évoluant à chaque décennie ». Il s’agit plutôt de l’ensemble des œuvres d’art qui ont représenté l’Orient compris au sens large, de l’Afrique du Nord au Proche et Moyen-Orient.

Né à la fin du XVIIIe siècle, l’Orientalisme a su traverser toutes les modes jusqu’à la fin du XIXe siècle, quand il a évolué vers un art officiel et semble s’éteindre comme source de création. On peut alors voir dans le nouveau quartier du Parc Monceau à Paris, ses riches peintres qui travaillent avec moult accessoires provenant de l'Orient dans de vastes ateliers. Et en 1893 est créée la très officielle Société des Peintres Orientalistes Français.

C'est à cette époque précisément, que va se produire un important renouvellement de l’Orientalisme, à la faveur d’un changement de mentalités et d’un bouleversement dans l’art : l’apparition de l’art abstrait occidental.

Dans les années 1890, l’époque et les mentalités changent. Signe des temps, l’exposition inaugurale de la Société des Peintres Orientalistes Français a lieu au Palais de l’Industrie de Paris dans le cadre d’une exposition d’art musulman. Parmi les membres fondateurs de la Société des peintres Orientalistes figurent le moderne Emile Bernard (ci-dessus, première photographie à gauche, Musée d’Orsay, 1900), qui vivra en Egypte pendant dix ans, de 1893 à 1903, et même l’Impressionniste Auguste Renoir (deuxième photographie, MBA de Boston, 1881) séjourna à Alger dès 1881.

De plus, l’Orientalisme s’ouvre à de nouveaux artistes. Après avoir été au XIXe siècle un art essentiellement français et anglais, d’autres peintres étrangers - allemands, suisses, belges et scandinaves - s’aventurent dans les terres de ces pays longtemps appelés « barbaresques » et synonymes de périls et de dangers jusqu'à la fin du XIXe siècle.

A partir des années 1890/1900, l’apparition progressive de l’art abstrait va même permettre de relancer l’Orientalisme vers une nouvelle voie.

La révolution dans la peinture occidentale qui rend aux couleurs et au dessin leur autonomie avait été initiée par Cézanne, Gauguin et Van Gogh. A partir de 1890, après l’art japonais et chinois, l’art islamique devient à la mode pour les jeunes générations, et il a une influence sur de nombreux artistes, dès le début du XXe siècle : notamment sur Henri Matisse (troisième photographie, Musée de l’Ermitage,1912/13), Paul Klee, Auguste Macke et Vassily Kandinsky (quatrième photographie, Centre Pompidou, 1916).

 

Retrouvez la suite de cet article sur le site de Tristan : www.galeriedequelen.com".

 

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 17:47

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Pendant les travaux d’aménagement du musée d’Orsay qui devraient bientôt se terminer après un an de chantier, les collections seront redéployées et l’accrochage repensé. Ainsi, par exemple, l'impressionnisme (Manet, Degas, Monet, Cézanne, Renoir, Sisley...) sera clairement distingué du post-impressionnisme (Van Gogh, Gauguin, l'école de Pont-Aven, Cross, Seurat, le Douanier Rousseau...), les œuvres dialogueront plus entre elles et sur des cimaises moins minimalistes, plus colorées et accueillantes.

Un avant goût de ce nouvel esprit du musée nous est donné par l’accrochage temporaire au rez-de-chaussée, dans l’aile gauche, qui montre une sélection d’œuvres de Van Gogh et de Gauguin mises en parallèle.

On évoque régulièrement cette célèbre rencontre de deux mois en 1888 entre les deux artistes à Arles, où un objectif commun de renouveler l’art au sein d’un « Atelier du midi », n’a pas masqué les nombreuses différences entre deux arts et deux hommes.

Deux arts que tout semble opposer. Comme l’écrit Gauguin à Emile Bernard en décembre 1888 :

« c’est drôle, Vincent voit ici du Daumier à faire, moi au contraire je vois du Puvis coloré à faire mélangé de Japon ». Quand on regarde les œuvres que les deux artistes ont peint cette année-là (ci-dessus de gauche à droite : deux oeuvres de Van Gogh, deux œuvres de Gauguin, ainsi que des Tournesols de Van Gogh), on voit bien que ce dernier est ancré dans la réalité tandis que Gauguin recherche un idéal.

 

Retrouvez la suite de cet article sur le site de Tristan : www.galeriedequelen.com".

 

VGG

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 16:13

delacroix 

 

Le charmant musée de la Vie romantique à Paris expose en ce moment la peinture romantique russe. Cette intéressante exposition pose la question de savoir ce qu'est finalement l'art romantique.
En France, est-ce que cela est l'art d'une époque, celle des années 1820-1848 ? Est-ce l'art d'un style romantique ? Est-ce encore l'art lié à des sujets romantiques ? Ou encore est-ce l'art d'une personne romantique ? Penchons nous un instant sur le plus fameux des peintres romantiques français : Eugène Delacroix. 


La figure de Victor Hugo domine en France la scène littéraire dans les années 1820 avec son Cénacle et la célèbre bataille d'Hernani en 1830 qui marquent la première grande victoire des Romantiques en France. A propos du tableau Sardanapale d'Eugène Delacroix (deuxième photographie en partant de la gauche), Auguste Jal écrit dans sa critique du Salon de 1828 : "Le poète Hugo est peut-être le seul homme qui puisse être dans le secret du génie de ce peintre, que Dante [première photographie : La barque de Dante] aurait si bien compris." C'est que, à cette époque, la littérature est l'art directeur en France, le théâtre et le roman anglais en particulier. Mais rapidement le cercle des romantiques se rétrécit et en 1830, Hugo se brouille avec Delacroix : "révolutionnaire dans son atelier, il était conservateur dans les salons, reniait toute solidarité avec les idées nouvelles, désavouait l'insurrection littéraire et préférait la tragédie au drame." 


Par ses sujets cependant, Delacroix, comme Louis Bélanger, les frères Boulanger et Célestin Nanteuil puisent dans les romans anglais de Lord Byron, les légendes moyenâgeuses ou les opéras allemands. Mais cela suffit-il pour qualifier un art de romantique ? Paul Delaroche serait alors un peintre romantique, tout en étant un peintre réaliste, archéologique. 


Delacroix rejette également le qualificatif de "romantique" pour juger son style. Trente ans plus tard, le peintre se souvient : "ils m'ont enrégimenté bon gré mal gré dans la coterie romantique, ce qui signifiait que j'étais responsable de leurs sottises". Et on raconte que M. Laurent, bibliothécaire de la Chambre admirait les décorations du Palais-Bourbon (troisième photographie) et le comparait à Victor Hugo ; Delacroix lui répondit, sans doute énervé : "Vous vous trompez, monsieur, je suis un pur classique !". 


Pourtant Delacroix est un vrai romantique de son temps, qui a vingt-deux ans en 1820. Il en a le style, le caractère et la vie. Comme Berlioz, "minces, le teint pâle, avec une belle crinière de cheveux bruns, visages expressifs, mobiles, tourmentés" comme les décrit l'historienne Anne Martin-Fugier. Et puis Delacroix est un sauvage, un passionné de l'art, qui a appris son métier auprès d'un génie qu'il admira : Géricault. Sa vie ne ressemble certes pas à la vie aventureuse d'un Byron qui meurt en Grèce à trente-cinq ans, ou à celle des génies morts trop tôt, après avoir été des modèles pour toute une génération de peintres, comme Bonington ou Géricault. Mais Delacroix, passionné par sa recherche d'idées nouvelles, a puisé dans une vie intérieure riche et passionnée des aventures humaines sans cesse renouvelées. C'est finalement ses tableaux, son oeuvre, qui sont romantiques, c'est-à-dire qui sont un vrai roman, plein de vie et plein de la richesse de la vie même du peintre ! Comme le disait Picasso à propos d'un tableau de Delacroix qu'il a réinterprété de nombreuses fois, Les femmes d'Alger (quatrième photographie) : "nous y sommes tous, dans ce Delacroix". 


Tristan de Quelen

 

 

delacroix

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 16:00

Mon cher John, avec ce défi du mois, nous restons dans les romans d'initiation.
Après le Prophète et l'Alchimiste qui nous ont emmenés sur les chemins, voici maintenant à mon sens ce qui ce fait de mieux comme récits de voyage, ou plutôt roman de voyage pour le second.

A ma gauche, la référence absolue du récit de voyage :
L'usage du Monde, de Nicolas Bouvier, paru en 1963.

A ma droite un tout autre style, qui reste gravé lui aussi dans ma mémoire de nombreuses années après sa lecture :
Le chant des pistes, de Bruce Chatwin, paru en 1987.

Encore une fois j'ai hâte de lire ton analyse comparée de ces deux oeuvres.

@lx

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 14:33

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A l'approche de la fête de Noël, je souhaiterais vous suggérer la visite de deux petits musées d'art religieux français du XVIIIe siècle. Car, si l'art peint du XVIIIe siècle est bien représenté au musée du Louvre au travers des scènes de genre, et si l'art sculpté du portrait l'est également, l'art religieux bénéficie d'une moindre aura que les autres arts, la grande exposition actuellement au Louvre présentant l'autre grand sujet de la peinture d'histoire au XVIIIe siècle, à savoir l'Antiquité.

Ces deux musées sont en fait deux églises parisiennes, qui ont le mérite de se situer non loin du Louvre : l'église Saint-Sulpice et l'église Saint-Roch. Ces deux lieux ont en effet eu des curés qui se sont révélés des maîtres d'oeuvre d'ensembles décoratifs prestigieux, tant en sculptures qu'en peintures.

A Saint-Sulpice se trouve l'un des trois décors qu'il nous reste de François Lemoyne, le maître de Boucher et de Natoire : il s'agit de la décoration plafonnante de la chapelle de la Vierge, représentant l'Assomption de la Vierge et datant de 1731-32 (ci-dessus, première photographie à gauche). D'inspiration italienne, l'art de Lemoyne est proche de celui de Sébastiano Ricci, le grand décorateur vénitien qui fit un passage remarqué à Paris en 1716 (il nous reste peu de trace de son passage à Paris mais on peut admirer une de ses compositions à Saint-Gervais-Saint-Protais). Dans cette même chapelle de la Vierge se trouve également un des deux cycles restants, peints par Carle Vanloo, le grand concurrent de Boucher au XVIIIe siècle, celui que l'on considérait alors comme "le plus grand peintre de l'Europe". Cet ensemble de quatre panneaux sur la vie de la Vierge (ci-dessus, deuxième photographie : l'Annonciation) datant autour de 1740, montre un rare exemple de l'art religieux de celui qui domina son époque dans ce genre. Puis, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la peinture d'histoire change dans ses sujets et devient moins tournée vers la religion et plus vers l'Antiquité. Pour autant, les églises parisiennes continuent de faire appel aux Académiciens, c'est-à-dire aux meilleurs des peintres et sculpteurs de l'époque, de par leur formation. Dans la chapelle de l'Enfance de Jésus, se trouve un magnifique tableau. Il s'agit d'une Fuite en Egypte peinte par Jean-Baptiste-Marie Pierre en 1751. Cet artiste, très doué pour la peinture religieuse grâce à sa science rare de la composition, tente de concilier ce savoir-faire issu de la grande tradition décorative italienne avec le réalisme du nord dans la représentation des personnages. Mais il sera surtout le Premier Peintre du Roi à partir de 1770 et influencera ainsi tous les peintres académiques vers un art plus épuré, néoclassique.

A Saint-Roch sont également présents de nombreux peintres académiciens, mais principalement de la seconde moitié du XVIIIe sicècle. On y retrouve Jean-Baptiste-Marie Pierre qui décora la coupole. Il s'agit de la commande la plus prestigieuse de sa carrière : une Assomption de la Vierge qui date de 1752-56 (troisième photographie). Jean Restout est bien représenté également. A cheval entre la première et la seconde moitié du siècle, il est l'élève de Jean Jouvenet et créera une véritable école, dite "des Pointus" (à cause des nez et des doigts pointus de ses personnages). A Saint-Roch se trouve une grande et belle composition qui est accrochée dans le transept : La Purification de la Vierge (1758). Mais surtout, et en pendants, deux peintres témoignent dans le transept de Saint-Roch du changement de l'art rocaille vers l'art néoclassique : Gabriel Doyen (Le Miracle des Ardents) (quatrième photographie) et Joseph-Marie Vien (Saint-Denis prêchant la foi) (cinquième photographie). Peints pour le décor du transept en 1767, ces deux oeuvres montrent un tournant dans l'histoire de la peinture au XVIIIe siècle : à l'art très coloré, chaleureux et tout en courbes de Doyen s'oppose l'art simple, calme et froid de Vien. Cet art nouveau va se développer pour aboutir à celui de David et de ses elèves, comme Jean-Germain Drouais par exemple dont on peut voir Le Retour du fils prodigue dans le déambulatoire de l'église de Saint-Roch (1782).

On peut rappeler également aux visiteurs éventuels de ne pas s'attarder uniquement sur les peintures de ces deux églises. Les sculptures y sont tout aussi remarquables. A noter en particulier, à Saint Sulpice : le bénitier de Pigalle (vers 1754) (entrée de l'église), la Vierge de douleur de Bouchardon (transept, pile de droite) et le monument funéraire de Languet de Gergy de Michel-Ange Slodtz (1757) (5e chapelle de la nef). Et à Saint-Roch : le Baptême du Christ de Jean-Baptiste Lemoyne, I et II (1731) (chef-d'oeuvre du style rocaille des années 1720-30), le Saint-Jérôme de Lambet-Sigisbert Adam (1752) (dans la chapelle de la Vierge) et le Christ au jardin des Oliviers de Falconet (1757) (contre l'un des piliers de la croisée du transept).

Tristan de Quelen

noel

 

Retrouvez la galerie de Tristan

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 15:55

Bienvenue dans le nouveau feuilleton du BLOGaL : l'analyse prime après prime des candidats au titre de Nouvelle Star 2010.

 

Et quand j'ai eu l'idée, hier avant l'émission, de rédiger régulièrement la chronique ici présente, je pensais déjà au parcours de l'an dernier, aux lunettes de Camilla Jordana et aux injustices ou aux découvertes. Aux bons moments passés et aux discussions le lendemain à la machine à café.

 

Bref une sympathique source d'inspiration d'abord pour mes futurs articles, de discussions ensuite à travers les commentaires et leurs réponses, et l'occasion de m'inscrire à une nouvelle communauté musique ou Nouvelle Star (à voir / si propositions, je suis à l'écoute !).

 

Mais ce matin je ne peux que râler contre la qualité de la soirée d'hier soir. Rien d'inoubliable franchement. Tout juste pour certains sentait-on poindre un soupçon de potentiel. S'il faut en sortir deux je dirais Ramon et Luce.

 

Il y avait match mercredi, et après j'étais un peu dégouté donc j'ai juste eu le temps d'entendre Benjamin qui m'a paru enterrer tout le monde...

 

Et vous qu'en pensez vous ? Venez noircir la page ci-dessous en attendant la semaine prochaine pour l'étape 3 de la route de la Nouvelle STaR !!!!

 

 

 

@lx

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 16:54

            Il y a quelques mois, souvenez-vous, deux chimistes suédois découvraient la karmélite, substance étrange qui avait pour faculté de faire renaître, à partir de gènes extraits, un organisme décomposé. Sans doute, vous avez aussi entendu que, cette matière étant rare et précieuse, le choix des êtres à régénérer devait être effectué par un vote mondial. Sur la petite quantité offerte à la France, et sur la plus infime encore qu’on a daigné accorder à la littérature, la question s’était posée de son attribution : étaient-ce les internautes qui devaient trancher, ou seul Philippe Sollers était-il habilité à choisir les heureux revenants ?

            Puis ce fut fait. Après un vote national, il fut décidé le retour de dix élus : François Villon, Molière, Honoré de Balzac, Alfred de Musset, Victor Hugo, George Sand, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Marcel Proust et Céline. Sollers essaya bien de faire inscrire son nom dans la liste, mais on lui rappela qu’il n’était pas encore mort. Ainsi, ce fut fait ! Avec le respect contemporain de la chose sacrée, on se rendit, qui à Charleville, qui à Meudon, qui au Père-Lachaise pour extraire les précieux fragments de ces os anciens.

            Quelques manipulations génétiques qui m’échappent plus tard, et des géants renaissaient de leurs cendres, pareils à des phénix. Tous, après qu’on leur eut expliqué la machination dont ils avaient été victimes, qu’Hugo, à grands renforts de « Ô », se fut prononcé sur son retour dans une brève logorrhée, qu’on eut offert à Rimbaud une paire de béquilles, et qu’on eut calmé Villon, effrayé par ces grandeurs, acceptèrent de bon cœur de comparaître devant la crème journalistique. Tous ils avaient connu leur résurrection à l’âge qui les avait vus disparaître et, Proust étant du coup de l’âge exact de Balzac, il s’était tout naturellement approché de lui pour comparer leurs impressions sur cet étrange voyage. Ils auraient, on le leur a dit, la deuxième chance de vivre. Mais on leur prendrait une journée de leur temps pour des interviews diverses. Et cette journée, je l’ai vécue.

            J’attendais patiemment dans les embouteillages. Naturellement, l’alentour des Invalides était grouillant d’automobiles : on y donnait à voir Napoléon. Moi, j’avais rendez-vous avec Honoré de Balzac, dans la chambre d’un hôtel parisien. Je suis journaliste au Magazine littéraire et on m’a confié cette importante tâche d’interroger le grand homme. J’avais fait des pieds et des mains pour obtenir l’entretien avec Proust, mais un collègue me l’a subtilisé au nez à et la barbe, me faisant un beau pied de nez. En constituant mes questions, j’avais dû mettre de côté mes interrogations métaphysiques sur l’au-delà, que j’ai satisfaites la semaine d’après en achetant Philosophie magazine, dont le rédacteur en chef me suivait dans la kyrielle de journalistes. Tout cela pour me centrer sur l’écrivain.

            Je rentrai tout tremblant dans la pièce que l’on m’indiquait. Deux fauteuils vides trônaient au fond de la chambre. Sur le mur, quelques tableaux et sur ma gauche, un petit homme de figure rouge se regardant dans la glace en faisant des mimiques. Je me demandais s’il m’avait vu. Soudain son œil me fixa au miroir. Il sourit, je me figeai et reconnut en un éclair son célèbre portrait réalisé aux premières heures de la photographie, alors que l’on parlait encore de « daguerréotypes ». Il s’approcha vers moi, montrant des mains les infâmes guenilles qui le vêtaient : par goût de la vitesse, on lui avait offert un maillot de football et un survêtement pour qu’il se sentît à l’aise, ainsi que de magnifiques baskets à crampons.

            « Voyez, Monsieur, ces odieux affûtiaux dont on m’affuble ! » me dit-il avec malice en tendant sa main vers moi. Alors, comme parfois dans un demi-sommeil un contact anachronique nous fait ouvrir les yeux tout brusquement, le contact de nos mains me procura une sorte de décharge qui me réveilla tout à fait, ce dont j’avais bien besoin après la nuit d’insomnie que m’avait procurée la perspective de cette rencontre surnaturelle.

            Etait-ce parce que je savais qui il était, ou alors dégageait-il réellement une aura de génie ? Même accoutré ainsi, pareil à un auguste maître de barbecue de camping, on sentait poindre, derrière ces yeux intelligents, derrière cette coiffe aux airs de perruque, sous la moustache volontaire qui soulignait un large nez, un peu de ce halo perçant qui avait fait que l’on considérait Balzac comme l’un de nos plus grands romanciers ; un peu de ce don de clairvoyance, coupable de la création de centaines de personnages de son œuvre La Comédie humaine, ainsi qu’il a nommé le recueil de ses cent soixante-treize romans dont chacun a tenté de personnifier un  des vices, une des misères de l’esprit humain. C’était ce romancier ami des Verdurin, qui, quand on lui demande à quoi il s’occupe, répond « j’observe ».

            Honoré de Balzac est né à Tours, le 20 mai 1799, et est décédé pour la première fois à Paris le 18 août 1850. Mais pour l’instant, il me regardait, inquiet que je fusse si blanc, en lissant quelquefois sa moustache en ogive. Pour me détendre, il tenta d’engager la conversation, et me dit que ça lui avait fait bien plaisir de revoir ce bon vieux Victor. Ça faisait, me disait-il, une éternité.

            Je ressaisis mes notes, en relus quelques lignes, les jetai à terre, je vis tout flou, il me guide vers le fauteuil, nous prenons place en vis-à-vis.

            « Oui, lui réponds-je. Hugo a prononcé, paraît-il, une très belle oraison lors de votre mise en bière. C’est étrange de vous raconter ça.

            - Victor a toujours été très prévenant. »

            Balzac, après s’être assuré que j’avais repris mes esprits, m’interpella :

            « Excusez-moi mais, vous n’auriez pas un café à m’offrir ? »

            Je lui en fais apporter un.

            « Vous me parliez d’Hugo. Avec Nodier et lui, formiez-vous une sorte de clan ?

            - Je dois avouer que non. Disons qu’à mon arrivée à Paris, le fait de vivre longtemps seul m’a habitué à cette condition, qui pour moi était le seul moyen de mener à bien mon œuvre. Et puis j’ai toujours été quelqu’un se très solitaire… Mais Hugo et moi nous envoyions souvent des lettres. Oh et il y avait cet homme, aussi, Henri Beyle…

            - … Stendhal ?

            - C’est ça. Je l’aimais bien. J’avais lu son roman, qui s’appelait « la Chartreuse », ou quelque chose comme ça. On ne disait que du mal de lui à l’époque, mais il répondait en disant que l’on verrait, dans cent ans, qu’il avait été un vrai génie. Prophétique ?

            - Hélas !

            - Pourquoi dites-vous « hélas » ?

            - Pourquoi en ouvrant vos romans, a-t-on l’impression d’ouvrir un livre de comptes ? Pas une page ne passe sans que vous nous noyiez sous des prix insipides.        

            - Parler de l’argent que je n’avais pas était une façon pour moi de le rendre plus tangible.

            - Mais ne craigniez-vous pas de rendre votre œuvre plus périssable ? Proust, lui, a retenu la leçon : il n’y a guère que quelques chiffres qui viennent, çà et là, étayer son roman.

            - Je n’ai pas lu Proust.

            - C’est tout à votre honneur.

            - Auriez-vous un café ? Proust est-ce l’homme moustachu qui s’est présenté à moi ce matin et qui portait un justaucorps et un large pantalon de flanelle ?

            - C’est lui. Grand romancier du début XXe. Tout cela un peu grâce à vous, entre autres.

            - Vrai ? Mais comment cela ? »

            Je lui apportai un second café. Honoré semblait prendre goût à cette conversation surréaliste, il souriait toujours, et ponctuait parfois ses propos de petits rires nostalgiques.

            - Vous avez en quelque sorte avec votre Comédie instauré le premier des cycles romanesques. La profusion des personnages et la transversalité ont été un terreau d’inspirations pour tous les grands.

            - J’ai toujours accordé une importance capitale à la crédibilité des personnages. Ne m’a-t-on pas souvent qualifié de « réaliste » ?

            - Certes, et ce sont des personnages qui en plus, ne vous ressemblaient pas du tout ! (Rires) Le roman en était à ses débuts et ses héros, à cette heure encore, n’étaient autres que les auteurs : René, Adolphe…

            - Vous avez raison. Néanmoins, j’ai mis un peu de moi dans chacun. On essaie, vous savez, de disparaître. L’auteur invisible… Mais on se trahit.

            - Auteur invisible, auteur invisible… Pas une page sans que vous nous asséniez quelque généralité sur la nature humaine ! Enfin je suppose que ce que l’on nomme maintenant généralité, c’est ce que vous le premier, vous avez découvert. Quand je pense que Sainte-Beuve disait que personne ne vous lirait.

            - Comment va-t-il, ce pauvre bougre ? Que lui est-il advenu ?

            - Comment il va, je ne le sais pas, pas assez de fans pour le faire renaître, et puis pourquoi ne pas ressusciter Duras pour lui raconter les J.O. de Sydney ? Mais pourquoi vous préoccupez-vous de lui ? N’a-t-il pas écrit contre vous les plus immondes pamphlets ?

            - Mon garçon. Qu’importent les libelles. J’ai été critique, moi aussi, et vous apprendrez que tout ce qui tombe sous la critique a, même infime, une quelconque qualité. De plus ce pauvre Charles-Augustin avait quelques soucis d’ordre sexuel, et Monsieur, faute de femmes, on écrit des pamphlets. Je relativise, je ne vous apprends rien en citant Destouches : « La critique est aisée, mais l’art est difficile. »

            - Vous citez Destouches. Saviez-vous que chassez le naturiste, il revient au bungalow ? »

            Honoré rougit, il pouffe.

            « Excellente boutade.

            - Elle n’est pas de moi. Pourquoi, d’ailleurs, cette totale absence d’humour dans vos romans ?

            - Pas le rôle du romancier. Le roman est tout à fait sérieux. Voyez ? Je ne ris pas du tout. Ou un peu.

            - Cher Monsieur de Balzac, je vous laisse aux mains d’un philosophe. Le temps imparti est terminé.

            - Ah, et dire qu’après cela un scientifique va venir m’interroger.

            - Mes respects. »

            Il reprend tout à coup toute contenance et se lève pour me serrer la main d’un air emphatique. Je ne tremble plus du tout.

            « Pareillement, Monsieur. »

            Et je m’étais relevé, ramassant mes notes, avais marché d’un pas lent vers la porte. Avant de la franchir, je me retournai une dernière fois. Rayonnant, l’homme m’adressa, de son assise, un ultime salut.

            Peu survécurent bien longtemps à ce bond temporel. George Sand prononça quelques discours à l’Académie sur les bienfaits du port du pantalon pour les femmes. Céline avait demandé à déménager de Meudon, où il affirmait qu’un certain « Philippe Sollers » s’invitait chaque jour pour prendre le thé. Arthur Rimbaud, lui, périt de la grippe A. Sa maman l’avait dit, à son premier enterrement : « c’était un tendre ».


Jean Meurdoque

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